Vendredi 18 janvier 2008
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Plus loin que la nuit
Cécile Oumhani, Editions de l’Aube, 2007
L’évocation du tableau d’Edvard Munch « Le cri » ouvre magistralement l’ouvrage de Cécile Oumhani où l’Art, imperméable aux
barrières linguistiques comme à toute autre frontière, scellera deux destinées féminines. L’une des jeunes femmes s’appelle Ahlam (dont le prénom signifie « rêve ») et vient du Sud, de
la Tunisie, tandis que l’autre, May, a passé sa jeunesse à Edimbourg où elle peignait. Leur rencontre, à Helsinki, dans des conditions dramatiques, se résumera à quelques images pour
Ahlam « … celles d’une belle jeune femme qui se penche pour lui [Sarah, l’enfant de May] parler et frôle ses joues de ses cheveux doux comme de la
soie. »
Alors que d’autres toiles seront évoquées, « Le cri » -à la symbolique si forte-, donne toute la dimension émotionnelle de ce
livre car c’est bien une sorte de cri intérieur qui va « animer » deux destins si différents et pourtant parallèles : Ahlam et May vont tenter, par leur départ vers l’ailleurs,
d’échapper aux héritages culturels comme à la construction que les autres font de leur personne. Certes, « La souffrance ordinaire ne se dit pas » mais elle se fuit, en un
réflexe de survie, quand ne deviennent plus supportables la solitude, l’enfermement et le silence des univers patriarcaux.
On l’aura compris, c’est de la remise en question de la vision de l’être dont il s’agit, vision étroitement corrélée avec la condition
féminine… Et cela, au Nord comme au Sud ! Car voilà l’originalité de cette histoire qui, à l’opposé des clichés habituels, ne désigne pas les « victimes » en fonction d’une
appartenance géographique ou culturelle, et se garde bien de tout manichéisme à l’égard des hommes, en particulier. Ni brutes, ni bourreaux, ceux-ci sont vus de leur point de vue essentiellement
axé sur un objectif qui tourne à l’obsession : pour Habib, la paternité, pour Michael, la réussite professionnelle…
Un ouvrage féministe de plus, dira-t-on ? A moins que ne soit employée la formule de la quatrième de couverture « … un (…)
roman de femme… » (que veut-on signifier par là… je l’ignore) ? Rien de tout cela, un vrai roman bâti sur une trame narrative contemporaine, solidement charpenté et au style
parfaitement maîtrisé.
La prose de Cécile Oumhani est « ferme », alliant le mot juste à une pensée lucide… Nulle acrimonie, nul pathos : ce livre est
écrit avec un calme tranquille, mais inébranlable. Qu’on en juge plutôt : « Elle est devenue femme et mère dans un état de somnambulisme dont elle s’éveille peu à peu. »
ou « Il y a des prisons plus vastes que celle de la mémoire d’un passé dévasté. Il existe des désastres qui se déroulent à ciel ouvert. »
Fiche de lecture publiée sur Bibliobs.com le 8/01/2008